Debout
au rond point des Almadies, nous sommes
attirés par de grosses taches noires alignées en pleine ruelle des quartiers. A
première vue, elles ont l’air des pâtes arrondies, de couleur brune, toutes
fraîches : ce sont plutôt des excréments d’animaux. Au fur et à mesure que
l’on avance, l’on est frappé par la forte odeur puante qu’ils dégagent. Non loin du rond point d’où nous nous tenons, l’on
entend le bruit aigu de clochettes, mélangé au rythme des sabots d’un cheval
qui continue à déferler la patte. Visages froissés, narines bouchées par les
doigts, les riverains se répugnent de cette odeur tout en accélérant leurs pas.
Cette matière, d’une odeur fétide qui repousse les riverains, n’est rien
d’autre que les excréments des équidés utilisés pour les calèches. Ces bêtes
défèquent à tous vents durant leur déplacement à travers les rues de Dakar. Jean
pierre, habitant du quartier, exaspéré par cette «sale » habitude
s’indigne auprès d’un conducteur de calèches: « excusez-moi monsieur mais vraiment trop c’est trop. Vous conduisez un
cheval qui défèque partout ici alors que vous voyez bien que le quartier est
propre. Vous nous indisposez là. Il arrive qu’on marche là-dedans sans faire
exprès, de même nos voitures ». Aboulaye Bocoum, le maître du cheval
présente ses excuses tout simplement en continuant son chemin. Alioune Ndiaye,
gardien d’une luxueuse villa dans le quartier, suit la scène. Il nous explique
que même les quartiers de riches n’échappent pas à la pollution occasionnée par
ces calèches.
Dans
le quartier de Fass-Delorme, situé près du canal 4, une dispute s’est produite,
la semaine écoulée, entre un conducteur
de calèche et une habitante du quartier. Cette dernière lui a demandé de
ramasser les excréments du cheval car ceux-ci se trouvaient juste devant sa
porte. Selon les dires de la dame, l’odeur
désagréable emplissait toute sa maison et elle disait craindre pour la santé de
son bébé de 3mois. Moussa Gueye, le propriétaire du
« cheval-pollueur » lui répondit : « madame je n’y peux rien si le cheval défèque par ici, je n’ai pas le
temps de m’arrêter pour nettoyer ces
crottins. Nous ne sommes pas des blancs quand même». Agacée par cette
réponse, la dame le saisit par les colles et voulut en découdre avec lui. Heureusement,
les passants sont intervenus pour l’en dissuader…
C’est
la même scène dans nombreux quartiers de Dakar. Communément appelé ‘ ‘wotire’’, les calèches traditionnelles
servaient jadis de moyen de déplacement des personnes. Mais à présent, elles sont
utilisées pour transporter du matériel de constructions, des marchandises de
commerce. Pour certains dakarois, le problème n’est pas le passage des
calèches, même si la mairie l’interdit dans le centre-ville. Le réel problème
ce sont les excréments de chevaux qui salissent les rues. « Les chevaux défèquent sur les routes qu’ils
empruntent, dans les ruelles des quartiers. Pire cela dégage une mauvaise odeur
qui empeste partout» explique
Ibrahim Sané, commerçant au marché de Fass. Quant à Aissatou Sow présidente des
femmes du quartier, c’est une question de tolérance. Elle soutient que les
conducteurs de calèches n’ont pas trouvé mieux que ce métier. Il faudra donc se
montrer tolérant à leur égard.
« C’est avec ça qu’ils nourrissent leur
famille, donc soyons compréhensif et fermons les yeux » renchérit-elle. Malheureusement, cette scène se produit presque partout dans la ville au nez
et à la barbe des agents de l’action sociale et sanitaire.

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