jeudi 24 avril 2014

Dakar: Cette odeur d’excréments qui infecte et dérange

excréments de cheval
Debout  au rond point des Almadies, nous sommes attirés par de grosses taches noires alignées en pleine ruelle des quartiers. A première vue, elles ont l’air des pâtes arrondies, de couleur brune, toutes fraîches : ce sont plutôt des excréments d’animaux. Au fur et à mesure que l’on avance, l’on est frappé par la forte odeur puante qu’ils dégagent. Non loin du rond point d’où nous nous tenons, l’on entend le bruit aigu de clochettes, mélangé au rythme des sabots d’un cheval qui continue à déferler la patte. Visages froissés, narines bouchées par les doigts, les riverains se répugnent de cette odeur tout en accélérant leurs pas. Cette matière, d’une odeur fétide qui repousse les riverains, n’est rien d’autre que les excréments des équidés utilisés pour les calèches. Ces bêtes défèquent à tous vents durant leur déplacement à travers les rues de Dakar. Jean pierre, habitant du quartier, exaspéré par cette «sale » habitude s’indigne auprès d’un conducteur de calèches: « excusez-moi monsieur mais vraiment trop c’est trop. Vous conduisez un cheval qui défèque partout ici alors que vous voyez bien que le quartier est propre. Vous nous indisposez là. Il arrive qu’on marche là-dedans sans faire exprès, de même nos voitures ». Aboulaye Bocoum, le maître du cheval présente ses excuses tout simplement en continuant son chemin. Alioune Ndiaye, gardien d’une luxueuse villa dans le quartier, suit la scène. Il nous explique que même les quartiers de riches n’échappent pas à la pollution occasionnée par ces calèches.
Dans le quartier de Fass-Delorme, situé près du canal 4, une dispute s’est produite, la semaine écoulée,  entre un conducteur de calèche et une habitante du quartier. Cette dernière lui a demandé de ramasser les excréments du cheval car ceux-ci se trouvaient juste devant sa porte. Selon les dires de la dame, l’odeur désagréable emplissait toute sa maison et elle disait craindre pour la santé de son bébé de 3mois. Moussa Gueye, le propriétaire du « cheval-pollueur » lui répondit : « madame je n’y peux rien si le cheval défèque par ici, je n’ai pas le temps de m’arrêter pour nettoyer ces crottins. Nous ne sommes pas des blancs quand même». Agacée par cette réponse, la dame le saisit par les colles  et voulut en découdre avec lui. Heureusement, les passants sont intervenus pour l’en dissuader…
C’est la même scène dans nombreux quartiers de Dakar. Communément appelé ‘ ‘wotire’’, les calèches traditionnelles servaient jadis de moyen de déplacement des personnes. Mais à présent, elles sont utilisées pour transporter du matériel de constructions, des marchandises de commerce. Pour certains dakarois, le problème n’est pas le passage des calèches, même si la mairie l’interdit dans le centre-ville. Le réel problème ce sont les excréments de chevaux qui salissent les rues. « Les chevaux défèquent sur les routes qu’ils empruntent, dans les ruelles des quartiers. Pire cela dégage une mauvaise odeur qui empeste partout» explique Ibrahim Sané, commerçant au marché de Fass. Quant à Aissatou Sow présidente des femmes du quartier, c’est une question de tolérance. Elle soutient que les conducteurs de calèches n’ont pas trouvé mieux que ce métier. Il faudra donc se montrer tolérant à leur égard.
« C’est avec ça qu’ils nourrissent leur famille, donc soyons compréhensif et fermons les yeux » renchérit-elle. Malheureusement, cette scène  se produit presque partout dans la ville au nez et à la barbe des agents de l’action sociale et sanitaire.


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