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| Charles SANCHEZ |
Le
web social a introduit de nouveaux moyens d’expression populaires. En effet, si
Internet et les réseaux sociaux sont de puissants outils de promotion
commerciale, ils sont désormais utilisés comme tribune de débat public au
service d’une démocratie plus participative. Charles Vieira SANCHEZ, chargé
de programme Senior à Article 19 Sénégal/Afrique de l’Ouest, est actif sur les
réseaux sociaux. Il encourage le dialogue et la participation citoyenne à
l’action publique à l’aide de ceux-là notamment Facebook et Twitter.
On parle de promotion de la démocratie
participative par les réseaux sociaux, quelle est votre méthode à ce
sujet ?
Je
dirais que je n’ai pas la prétention de penser que j’utilise les réseaux
sociaux pour promouvoir la démocratie participative mais plutôt pour partager
(souvent à chaud) mes réflexions sur des sujets de société. J’essaie à partir
de mes publications, de montrer aux uns et aux autres qu’on a tous des points de
vue et qu’ils comptent. Nous devons forger notre propre opinion, c’est important.
Je cherche à libérer la parole car la liberté d’expression renforce la
démocratie ! Ma conviction est que toutes les informations diffusées
volontairement ou involontairement aux centaines de personnes modifient la
construction de leur identité.
Les Sénégalais sont-ils nombreux à
y participer de manière active ?
Il
est très difficile de déterminer le nombre exact de sénégalais qui participent de
manière active au débat sur les sujets sociétaux de manière générale. Le débat
est souvent clivé. D’autre part, on a l’impression que seuls les journalistes
ont la légitimité d’interroger les citoyens sur les sujets qui interpellent la
citoyenneté ou la gouvernance publique. A ce titre, il appartient aux
spécialistes d’y répondre. C’est lié à l’élitisme bien propre au Sénégal. Aussi,
beaucoup de gens sont sur les réseaux sociaux pour le « fun ». Pour
ma part, je crois qu’il faut être intéressé par les deux aspects : le côté
ludique mais aussi un côté citoyen voire militant où on interpelle les autorités
sur les problèmes de la cité.
Sur le plan politique, que
proposent les citoyens avec la réforme territoriale de l’acte III de la
décentralisation?
A
ma connaissance, il n’y a pas eu beaucoup de débats sur l’acte III de la
décentralisation. Quelques hommes politiques, dont je suis les pages, en ont
parlé mais le débat n’était pas forcément bien posé. Car nombreux sont ceux qui
abordent le sujet sans aller au fond. Il en est de même pour les citoyens. Je
crois qu’il y a eu très peu de débats de fond sur cette réforme territoriale
même au niveau des autorités publiques qui donnent l’impression de ne pas être
totalement convaincues par cette réforme.
Les autorités prennent-elles en
compte cette participation en ligne en traitant les préoccupations
soulevées ?
Les
autorités prennent en compte la participation citoyenne si celle-ci relève
d’une masse critique et qu’elle « sort du virtuel » pour s’engager
dans le combat réel. Le dernier exemple en date est la fameuse campagne #Nonaumur
où la mobilisation a commencé sur les réseaux sociaux et s’est poursuivie par
des actions concrètes de protestation. Cette démocratie participative a permis,
dans ce cas, aux pouvoirs publics de corriger leurs égarements.
Quel est l’impact sur le comportement
des sénégalais ?
Je
vois que les sénégalais ont une plus grande liberté de ton. C’est important et
ça renforce la liberté d’expression dans le pays. Beaucoup de gens pensent
qu’il faut imposer des limites. Mais à bien creuser, celles-ci sont souvent des
couteaux à double tranchant dont les pouvoirs se servent pour museler la presse
et les libertés individuelles. De toute façon, la jurisprudence considère
aujourd’hui que la liberté d’expression constitue l’un des fondements
essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son
progrès et de l’épanouissement de chacun. C’est à cela que doit servir l’impact
des réseaux sociaux dans la démocratie participative sénégalaise, autrement dit
renforcer les fondements de la démocratie sénégalaise.
